L’océan au cœur des enjeux souverains : Catherine Chabaud en visite à la Station biologique de Roscoff
La Station biologique de Roscoff (SBR – CNRS/Sorbonne Université), bastion historique de la recherche marine française, a accueilli la semaine dernière Catherine Chabaud, ministre déléguée chargée de la Mer et de la pêche. Plus qu’un simple déplacement protocolaire, cette visite a offert un aperçu de la manière dont la science du vivant peut irriguer les décisions publiques et, à l’inverse, de la dépendance des politiques maritimes à une connaissance fine et actualisée des écosystèmes.
Accueillie sur place par Line LeGall, directrice de la Station, Catherine Leblanc
La recherche comme socle des décisions publiques
Au cœur de ce rendez-vous : la conviction que la gestion durable des ressources ne peut se contenter de considérations économiques ou administratives. Elle nécessite, au contraire, une compréhension profonde, précise et détaillée des mécanismes biologiques et écologiques qui régissent les océans. C’est cette logique que la Station biologique de Roscoff incarne depuis 1872. Avec ses quelque deux cents scientifiques, l’établissement fait figure de sentinelle scientifique, attentive aux mutations du vivant et à leurs conséquences.
Le CNRS, représenté par Cécile Bousquet-Antonelli, directrice adjointe scientifique à CNRS Biologie, lors de cette visite, incarne la place désormais centrale de la recherche fondamentale dans les arènes décisionnelles. L’État ne peut piloter la mer qu’en s’appuyant sur une science rigoureuse, capable d’éclairer les enjeux à long terme.
Des larves de crustacés au pilotage des pêcheries
Un des moments forts de la visite a été le point technique consacré à l’évolution larvaire des crustacés. À première vue, un sujet de laboratoire parmi d’autres. Mais c’est précisément là que se joue la durabilité des pêcheries. Comprendre comment les larves réagissent aux changements de leur milieu, qu’il s’agisse de température, d’acidification ou de modifications de l’habitat, permet de prévoir l’avenir des stocks et de calibrer des politiques de pêche plus précises, plus responsables, plus durables.
La ministre a également interrogé les scientifiques sur un autre volet crucial de l’action de la station : la restauration des forêts de laminaires
Roscoff, laboratoire de l’économie bleue
Au-delà de la recherche fondamentale, la Station biologique de Roscoff se distingue aussi par sa capacité à transformer la recherche en innovation. En biologie, écologie, génomique marine, la science se fait moteur de l’économie bleue. La station accompagne ainsi des start-ups au sein de son laboratoire de maturation, et valorise des bioressources qui peuvent trouver des applications dans l’industrie, la santé ou l’agroalimentaire.
La Station biologique de Roscoff porte ainsi un triple enjeu pour le CNRS : produire une recherche fondamentale de haut niveau, accompagner la restauration des milieux marins et stimuler l’innovation, notamment dans le cadre de l’économie bleue.
Cette dynamique illustre une idée simple : compréhension et préservation des écosystèmes et développement économique ne s’opposent pas, ils se nourrissent l’un l’autre. Pour le CNRS, c’est un pari stratégique. En renforçant les passerelles entre recherche fondamentale, innovation et politique publique, il contribue à ce que les politiques maritimes de demain ne soient pas seulement réactives, mais anticipatrices, fondées sur une connaissance renouvelée et partagée de l’océan.